KHL : L’exode se fait toujours attendre

La KHL est toujours bien vivante et rien n’indique qu’elle fera faillite à court terme. Cela peut paraitre surprenant pour l’amateur de hockey nord-américain. Après toutes les annonces apocalyptiques des dernières années, certains se demandent pourquoi on entend encore parler cycliquement du circuit.

En mai dernier, plusieurs médias nord-américains ont recommencé à parler du « sombre avenir de la KHL. » Le circuit eurasien a exclu quelques clubs et ses dirigeants prévoient toujours de poursuivre dans cette voie. Ce sont des clubs de province hérités de l’ancienne Superliga russe mais n’ayant jamais fait partie des plans de la ligue à long terme. Il n’en fallait toutefois pas plus pour entendre parler d’une descente aux enfers du circuit. À défaut de parler d’une faillite, on s’est contenté d’essayer de déchiffrer le phénomène d’exode des joueurs de la KHL.

L’élément déclencheur fut la mise sous contrat de Vadim Shipachyov par les Golden Knight de Las Vegas. À l’époque, la vedette du SKA de St-Petersburg a paraphé un contrat de 2 ans avec le club d’expansion. Cette acquisition a mené à une surenchère par rapport à un possible exode des joueurs de la ligue. Un exode vers où? Vers la LNH?

Mettons les choses au clair, un exode ne peut se limiter à une dizaine de transferts. Après la chute de l’URSS, il y a eu un exode des joueurs soviétiques. L’écroulement de l’économie a poussé tous les joueurs du pays à s’envoler vers d’autres cieux. Les amateurs de hockey nord-américains se souviennent de l’arrivée des vedettes soviétiques dans la LNH, mais les départs ne se limitaient pas au circuit aujourd’hui dirigé par Gary Bettman.

Les joueurs soviétiques fuyaient aussi vers tous les circuits d’Europe occidentale. Les Russes ont envahi les ligues finlandaises, suisses et allemandes. Ils acceptaient de jouer dans les circuits inférieurs. En Amérique du Nord, on les retrouvait dans la Ligue américaine, dans la East Coast League et même dans la défunte Ligue internationale de hockey où ont joué les fameuses Rafales de Québec. Toute destination était bonne pour fuir le pays.

Dans un contexte pareil, on parle d’exode. Un exode est un départ massif d’un endroit. Un exode est une grande fuite. Durant les années 90s, les joueurs de hockey avaient d’excellentes raisons de déserter un pays devenu dangereux où on l’on jouait pendant des mois sans aucune garantie d’être un jour payé pour son labeur.

Il n’y a toujours pas d’exode

Cette situation n’existe aucunement aujourd’hui. L’exode des joueurs de la KHL est un mythe médiatique soigneusement ficelé par certains médias nord-américains. Les départs de la KHL sont très peu nombreux. Il y a eu des transferts vers l’Amérique du Nord, mais on est loin d’un exode. En fait, les transferts entre la KHL et la LNH sont très stables.

Le Club de hockey Canadien a réussi à acquérir Jakub Jerabek du Vityaz de Podolsk, mais il a perdu Andrei Markov au profit du Ak Bars de Kazan et Nikita Nestorov au profit de Club de l’Armée rouge. Martin Reway a aussi décidé de faire le saut dans la KHL après avoir quitté le Rocket de Laval. Dwight King a aussi quitté Montréal pour l’Avtomobilist d’Ekaterinbourg. Plus de joueurs ont quitté le système du Canadien pour la KHL que l’inverse.

Andrei Markov a rejoint le Ak Bars de Kazan cet été.

Certes, King et Nestorov ne faisaient plus partie des plans de l’équipe. Reway avait aussi de la difficulté à se remettre de sa maladie. Cela étant dit, pourquoi ont-ils décidé d’aller dans la KHL? Pourquoi Dwight King ne joue-t-il pas en Suède ou en Finlande? Martin Reway aurait pu retourner en Suisse ou en République tchèque, mais il a préféré la KHL. Nestorov a reçu des offres de contrats à deux volets dans la LNH, mais il a choisi le Club de l’Armée rouge.

L’exode des jeunes est tout aussi inexistant. Kirill Kaprizov a signé une prolongation de contrat avec l’Armée rouge, au grand dam du Wild du Minnesota. Nikita Gusev ne jouera visiblement pas pour les Golden Knight avant l’automne 2019. Le phénomène de rétention des jeunes vedettes s’est même étendu à la Finlande où Eeli Tolvanen est maintenant sous contrat avec le Jokerit d’Helsinki jusqu’en mai 2019. Les Predators devront donc attendre.

Les joueurs ne quittent donc pas massivement la KHL. Bien au contraire, la ligue n’a jamais été aussi attirante pour eux. On ne trouve peut-être plus de signature fantasmagorique comme celle de Jaromir Jagr, en 2008, avec ses 8 millions par année, mais le circuit eurasien continue activement de recruter des joueurs de qualité. Les clubs jouent leurs cartes plus intelligemment, car la ligue a aujourd’hui meilleure réputation.

Dans ce cas, pourquoi parle-t-on toujours d’exode des joueurs de la KHL? Pourquoi, dans les médias nord-américains, parle-t-on aussi souvent de départs massifs des joueurs lorsque cela n’est pas le cas? Surtout après le retour fracassant de Vadim Shipachyov. Après avoir fait tant de tapage par rapport à son arrivé dans la LNH, pourquoi n’a-t-on pas aussi refait cette fameuse analyse à propos des transferts internationaux?

Pour répondre à cette question, il faudra d’abord discuter de l’impact sur la presse sportive qu’a le monopole de la LNH en Amérique du Nord. La KHL n’a toujours pas rejoint l’Association mondiale dans le cimetière des ligues défuntes, mais elle reçoit certainement le même traitement injuste de la part d’une presse bien frileuse à se mettre à dos les grands propriétaires des clubs de la Ligue nationale de hockey.

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